Arena : L'ambition « Planet Water » ou la conquête du lifestyle par la performance
Avec un chiffre d'affaires de 193 millions d'euros en 2025 et une croissance solide de 8 %, Arena ne se contente plus de dominer les bassins de compétition. Sous l’impulsion de son CEO Peter Graschi, l’équipementier historique opère un pivot stratégique vers le « bien-être » et l'extension du swimwear. Décryptage d'une feuille de route qui place la France au centre de ses ambitions 2027.
Fondée à Landersheim, en Alsace, en 1973, Arena conserve un lien organique avec l'Hexagone, qu'elle traite comme son marché domestique. « Nous avons une connexion spéciale avec la France ; c'est ici qu'Arena est née. C'est pourquoi nous percevons ce pays comme notre home market », confie Peter Graschi. Cette proximité historique se traduit aujourd'hui par une solidité financière que le groupe compte bien capitaliser pour accélérer sa progression.
De « Water Instinct » à « Planet Water » : un changement de paradigme
Le signe le plus tangible de cette transformation est le changement de manifeste de la marque. Après vingt ans sous l'égide de « Water Instinct », Arena adopte désormais « Planet Water ». Ce n'est pas qu'un ajustement sémantique, mais une volonté d'élargir son audience. Là où le claim précédent s'adressait aux puristes des bassins et à la performance pure, « Planet Water » veut inclure tous ceux qui interagissent avec l'eau. « Nous voulons nous adresser à tous ceux qui veulent être actifs dans et autour de l'eau », explique le CEO. Cette vision plus inclusive permet à la marque de s'extraire du couloir de nage pour investir les eaux libres et le fitness aquatique, plus démocratiques.
La France : un moteur de croissance pérenne
Le Groupe ne cache pas ses ambitions pour les années à venir, porté par la dynamique de la région. Aujourd'hui, la France représente 16 % du chiffre d'affaires mondial et devrait rester le fer de lance de la stratégie à l’horizon 2027. Arena y prévoit une croissance annuelle de 7 %, en s’appuyant sur un équilibre subtil : le maintien de sa suprématie dans le segment « racing » et une offensive musclée sur le beachwear. Cette légitimité technique reste sa meilleure défense ; lors des récents Championnats du Monde à Singapour (2025), 20 des 21 médaillés en eau libre portaient des combinaisons de compétition Arena.
L’innovation comme barrière à l'entrée
Face à la pression de rentabilité inhérente aux investisseurs, Peter Graschi est catégorique : l'innovation n'est pas négociable. « Notre raison d'exister est l'innovation. Si nous cessons d'être innovants, nous devenons remplaçables », affirme-t-il. Mais dans cette course technologique, Arena mise sur l'intelligence collective : « La R&D ne repose pas uniquement sur nos épaules. Nous partageons ces efforts avec des partenaires de long terme et des spécialistes exclusifs. C’est une collaboration permanente. »
Cette stratégie se concentre sur cinq piliers : compression, durabilité, flottabilité, hydrodynamisme et, désormais, le confort. Cette avancée est avant tout une économie de temps et d'énergie pour les athlètes : là où une nageuse de haut niveau mettait autrefois 30 minutes pour enfiler sa combinaison, les nouveaux modèles permettent de descendre à 5 minutes. « Cela permet à l'athlète de moins s'épuiser lors de la préparation et de se concentrer exclusivement sur la compétition », souligne le CEO.
Durabilité : le défi du « textile-à-textile »
Parallèlement à la performance, Arena doit répondre aux impératifs écologiques de l'industrie. Le groupe investit massivement pour transformer ses produits à fort volume en modèles de durabilité. Cela se concrétise à travers la combinaison POWERSKIN ST NEXT — fabriquée en ECONYL®, un fil de nylon 100 % régénéré — et l'utilisation de la fibre LYCRA® EcoMade (70 % bio-sourcée à partir du maïs) pour les maillots d'entraînement de la collection arena Vita Life. « C'est sur l'entraînement que la consommation est la plus forte. C'est là que nous investissons en priorité pour pousser ces solutions durables », explique Peter Graschi.
Sortir des bassins : le pari du « Waterfront »
Si la marque s'aventure désormais hors des lignes d'eau, Peter Graschi récuse l'étiquette « lifestyle » galvaudée. Il préfère évoquer une « extension du swimwear » : des produits hybrides capables d'accompagner l'utilisateur de la plage au bassin. La marque entend capitaliser sur l'esthétique du mouvement pour rendre ses produits désirables en ville, à l'image des parkas portées par les athlètes entre le vestiaire et le plot de départ.
Cette stratégie passera par les Championnats d'Europe de natation à Paris en août prochain. Après le succès des Jeux Olympiques, le CEO mise sur un « effet de halo » prolongé : « Paris est une ville inspirante pour quiconque souhaite nager davantage. Cet événement est une vitrine essentielle pour la crédibilité et l'image de marque. »
La stratégie de terrain : l'offensive par les clubs
Malgré l'évolution de son positionnement, Arena reste fidèle à son modèle : le Wholesale (45 % des ventes) reste majoritaire, complété par le retail (35 %) et l'e-commerce (20 %). En France, le groupe renforce son maillage local en misant sur le « grassroots ». « Nous nous concentrons de plus en plus sur le travail en direct avec les clubs. Notre objectif est de signer davantage de partenariats pour soutenir le développement du sport à la base et croître localement », précise le dirigeant. Cette présence auprès des licenciés et des éducateurs est le socle sur lequel Arena bâtit sa légitimité de demain, bien au-delà des campagnes d'affichage.
Épilogue : La natation, un sport pour la vie
En fin de compte, le manifeste « Planet Water » touche à la mission de santé publique. Peter Graschi cite volontiers l'exemple de son père : « Il a 85 ans ; ancien cycliste passionné, il s'est mis à la natation à 75 ans. Aujourd'hui, il fait ses longueurs chaque jour. C’est fantastique pour sa qualité de vie. » Pour Arena, l'objectif final est là : inspirer un mode de vie actif, de la piscine municipale à la pleine mer.
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