Bangladesh : le textile, pilier de l'économie, aux multiples fragilités
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Dacca - Avec ses 4 millions d'employés et ses exportations dans le monde entier, le secteur textile du Bangladesh constitue l'une des principales usines de la confection mondiale, utilisée par ses plus grandes marques, et l'épine dorsale de l'économie du pays.
Depuis samedi, il est agité par un mouvement social d'ampleur, né de revendications salariales attisées par une inflation persistante aggravée par la hausse mondiale des prix de l'énergie.
Pourvoyeur de plus de 80 % des exportations du Bangladesh, le secteur textile repose sur un dense tissu d'ateliers et recourt à une main-d'œuvre mal payée et aux conditions de travail précaires.
Pilier de l'économie
Le développement de son industrie textile a largement contribué à l'essor économique du pays depuis la guerre qui s'est conclue par son indépendance vis-à-vis du Pakistan en 1971.
Alors classé parmi les plus pauvres du monde, le Bangladesh est passé d'un pays largement rural à un pôle industriel mondial, grâce notamment à son secteur textile, qualifié de « moteur à exportations du pays » par la Banque centrale.
Dans un rapport publié en janvier, le Fonds monétaire international (FMI) a estimé que le textile avait été le principal facteur de « la transformation économique remarquable » du pays au cours de ces deux dernières décennies.
« La croissance [...] a significativement dopé l'emploi, contribué à la lutte contre la pauvreté et permis d'augmenter le revenu moyen », ajoute-t-il.
Selon l'Association des producteurs et exportateurs de textile du Bangladesh (BGMEA), le secteur se compose d'environ 4.000 usines ou ateliers.
Fournisseur mondial
Deuxième exportateur mondial de textile, le Bangladesh livre ses produits dans 150 pays, selon la BGMEA. Les États-Unis et les pays de l'Union européenne (UE) sont ses principaux clients.
Les usines bangladaises produisent des vêtements pour des entreprises telles que Fruit of the Loom, Levi Strauss et VF Corp, ainsi que des marques comme Vans, Timberland et The North Face.
Les industriels cherchent par ailleurs à se diversifier en explorant de nouveaux marchés au Japon, en Australie, au Canada, en Inde ou ailleurs en Asie.
Main-d'œuvre précaire
L'industrie emploie plus de 4 millions d'ouvriers, dont la moitié sont des femmes, selon la BGMEA. Leurs revenus font vivre 40 millions de personnes, selon l'Organisation internationale du travail (OIT).
Son expansion s'est opérée au détriment des conditions de travail, comme l'a illustré la catastrophe du Rana Plaza.
En 2013, l'effondrement de cet immeuble de huit étages des faubourgs de la capitale Dacca, qui abritait plusieurs ateliers de confection, a causé la mort de plus de 1.100 ouvriers, révélant au monde entier les conditions de sécurité déplorables en vigueur dans le secteur.
La prise de conscience mondiale qui a suivi s'est traduite par une amélioration des conditions de travail des salariés du secteur, notamment via des accords signés entre les grands groupes mondialisés et leurs sous-traitants.
Défis structurels
Malgré son développement, le textile bangladais reste fragile, soumis à des coûts de production en hausse, aux pénuries d'énergie ou à la concurrence des usines d'autres pays.
Son extrême dépendance aux exportations le rend particulièrement vulnérable aux fluctuations de la demande de ses clients étrangers. La Bangladesh Bank a récemment averti que le secteur restait en outre confronté aux « variations à court terme du comportement des consommateurs et aux fluctuations de la demande mondiale ».
Le chaos politique qui a suivi la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina en 2024 a également fragilisé le secteur, tout comme la hausse globale des prix de l'énergie née de la guerre au Moyen-Orient en février, qui a augmenté les coûts de production des industriels.
Si le FMI a souligné le rôle essentiel du textile en matière de création d'emplois et de réduction de la pauvreté, il a aussi insisté sur le faible niveau de qualification et de rémunération de ces emplois, surtout pour les jeunes.
La grogne actuelle
Les ouvriers du secteur exigent une augmentation de 140 % de leur salaire minimal mensuel, de 12.500 takas en moyenne aujourd'hui (environ 90 euros) à 33.000 takas (220 euros), afin de compenser la hausse du coût de la vie liée à l'alimentation, au logement, aux transports et à la santé.
Le gouvernement a nommé dimanche un groupe de travail chargé d'étudier la revalorisation du salaire minimum.