Baromètre du jour : 14%. Pourquoi Kering bondit en Bourse alors que les profits s’effondrent
Kering a publié ce matin des chiffres qui, sur le papier, auraient pu provoquer un décrochage sévère : des ventes en baisse de 13 % en 2025 et, surtout, un bénéfice net qui plonge de 93,6 %. Pourtant, contre toute attente, l'action du groupe bondit de 14 % en Bourse. Rarement le contraste aura été aussi frappant entre la violence des chiffres et l’espoir que tente d’installer la direction.
Le groupe de luxe, toujours pénalisé par la longue convalescence de Gucci, qualifie 2025 d’année de « transition ». Mais le marché, lui, y voit déjà le signal d'un nouveau départ. Le nouveau directeur général, Luca de Meo, ne se contente plus de gérer le repli : il promet une rupture. Lors du Capital Markets Day du 16 avril, il présentera une feuille de route destinée à « relancer la croissance » grâce à des stratégies de marque clarifiées, une organisation plus efficiente et une discipline financière renforcée.
Pourquoi le titre s'envole-t-il malgré la chute du bénéfice ?
Si l’année est sévère, le quatrième trimestre a agi comme un catalyseur pour les investisseurs. Le ralentissement de la baisse des ventes suggère que le point bas du cycle a enfin été atteint. En Bourse, on n'achète pas le passé, mais l'avenir : pour le marché, la question n'est plus « jusqu'où cela va-t-il tomber ? » mais « à quelle vitesse cela va-t-il rebondir ? ».
Ce bond de 14 % montre que les investisseurs attendaient des nouvelles encore plus sombres. En évitant le « scénario noir », Kering s'offre un rallye de soulagement massif.
Gucci reste la clé du rebond
La maison italienne, qui pèse environ 40 % de l’activité, demeure au centre de toutes les attentions. Si le titre s'envole aujourd'hui, c'est parce que le marché parie sur le succès de la relance créative et commerciale qui doit enfin porter ses fruits en 2026.
À l’inverse de Gucci, Yves Saint Laurent fait preuve de résilience et Bottega Veneta montre même des signes de traction encourageants. Ces « poches de résistance » rassurent sur la capacité du groupe à ne pas dépendre uniquement d'une seule locomotive.
L'amortisseur psychologique du dividende
Pourquoi le marché ne panique-t-il pas ? Parce que Kering conserve des fondamentaux financiers solides malgré la chute du profit net. Le bilan a été assaini et le groupe conserve une capacité intacte à rémunérer ses actionnaires.
Le dividende annoncé — 3 euros plus 1 euro exceptionnel — est un signal sans équivoque : la trésorerie est robuste. Ce geste fort envers les actionnaires prouve que, si la tempête comptable est réelle, le groupe garde la main sur son cash-flow.
16 avril : l'examen de passage de Luca de Meo
Malgré l'euphorie boursière de ce matin, les investisseurs ne signent pas un chèque en blanc. Ce sursis a certainement une date d'expiration : le 16 avril.
Ce jour-là, Luca de Meo devra transformer l'essai. Le marché attend désormais une trajectoire crédible : calendrier des collections, dynamique par région, remise en ordre de Gucci et perspectives de marge. Après un séisme d'une telle ampleur, le marché a fêté l'arrêt des secousses ; il attend maintenant la reconstruction.
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