De quoi l'arrêt, puis la reprise, puis l'arrêt, du chantier de La Samaritaine est-il le symbole?

Les problèmes soulevés par le renouveau de la Samaritaine sont à la hauteur de cette gloire parisienne : considérables. On pourrait même dire ce grand magasin, dont la fermeture remonte à presque 10 ans maintenant, cristallise tout ceque Paris peut comporter de créatif et d’innovant, mais aussi de crispations et de contradictions. Jugez plutôt : qui aurait cru en 2005 lors de la fermeture du mythique établissement que le projet conçu par LVMH pour le nouveau site rencontrerait autant d’obstacles ?

Les rebondissements judiciaires se dressent en effet depuis plusieurs années contre le projet « nouvel Samaritaine » conçu par le groupe de Bernard Arnault. Pour rappel : celui-ci veut ériger entre la Seine et la rue de Rivoli un espace de 26400 m2 comprenant commerces de luxe, bureaux, des logements aussi (une centaine) et un hôtel de luxe (Cheval Blanc, marque propriété de LVMH). Un projet de grande ampleur estimé à 450 millions d'euros et dont dépendent 2100 emplois. Dernièrement, des associations de défense du patrimoine s’étaient insurgés contre le projet architectural bordant la rue Saint Honoré où devait s’élever une longue façade de verre ondulée. Motif de la colère : cette façade allait détonner dans le paysage urbain. Deux symboles d’une égale puissante s’opposent donc ici : d’un côté, la crainte de particuliers qui veillent à l’intégrité de l’urbanisme parisien dans un quartier qui remonte au Moyen Age (en plus de la Samaritaine, LVMH a acquis un pâté de maisons anciennes -dont une de la fin du XVIIe et une datant de Louis XV- qui devrait être partiellement rasé pour céder la place à un bâtiment moderne, conçu par l'agence d'architecture Sanaa), de l’autre la constatation d’une France entrepreneuriale mise à l’arrêt.

Le tribunal administratif de Paris a donné raison aux associations et a annulé, en mai dernier, l'un des deux permis de construire obtenu par LVMH au motif que cette façade ne répond pas aux prescriptions du plan local d'urbanisme. Concretrement, les juges avaient estimé que, malgré ses qualités architecturales, le projet ne s'insérait pas dans le quartier, plutôt homogène et principalement constitué d'immeubles de pierre de taille. La décision du tribunal suspendait de facto tous les travaux sur l’ilot Rivoli déjà aux trois-quarts achevée même s’il n’empêchait pas la poursuite des travaux sur l’ilot Seine. La Samaritaine et la ville de Paris avaient fait appel de ce jugement.

La cour administrative d'appel de Paris autorise la reprise du chantier de la Samaritaine

LVMH et la Ville de Paris avaient donc déposé « une demande de sursis à exécution », pour permettre une reprise des travaux avant décembre et la confirmation définitive ou l'infirmation de l'annulation du permis. «Nous avons demandé à la justice un sursis à exécution de cette annulation de permis de construire, car cette décision crée un vide urbain gênant dans Paris» indiquait en mai dernier, Mathias Vicherat, directeur de cabinet d'Anne Hidalgo, maire de Paris. Cette demande de sursis a été entendue puisque la cour administrative d'appel de Paris a autorisé, jeudi 16 octobre, la reprise du chantier.

Attention, cette reprise des travaux ne signifie pas que la bataille est gagnée pour LVMH et la Ville de Paris. En effet ce sursis n’intervient que dans l'attente de l'examen de leur appel par le tribunal administratif de Paris qui rappelons-le, à annuler le permis de construire dans son jugement rendu le 13 mai dernier. Certes, la "demande de sursis à exécution" du jugement a été acceptée par la cour administrative d'appel de Paris, qui a estimé que cette appréciation esthétique ne justifiait pas l'arrêt des travaux, mais ce sursis ne préjuge pas de la décision qui sera rendue sur le fond de l'affaire. La suite au prochaine épisode puisque l’audience au fond est programmée le 5 décembre prochain. Initialement la réouverture de la nouvelle Samaritaine était prévue en 2013. La nouvelle date concernait 2017. Une date qui semble aujourd'hui bien optimiste.