Jeunes créateurs : comment fonctionne l’incubateur Les Ateliers de Paris ?
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L’incubateur Les Ateliers de Paris, service géré par la mairie de Paris, permet à de jeunes créateurs en mode, design et métiers d’art de développer leur activité. À la veille des portes ouvertes qui se déroulent vendredi 4 et samedi 5 avril 2025, de 14 à 19 heures, FashionUnited s’est rendu sur place pour comprendre son fonctionnement et dresser le portrait de quelques-uns des résidents.
Le bureau du design, de la mode et des métiers d’arts a été créé en 2005, à l’initiative de Lyne Cohen-Solal, chargée de ces domaines d’activité à l’époque de l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë. Ce service de la ville de Paris (voir notre article dédié) dépend de la Direction de l’attractivité et de l’emploi.
Parmi les actions de ce bureau se trouve celle des Ateliers de Paris, un incubateur dédié à l’accompagnement des entreprises. « Nous faisons de l’accompagnement, de la structuration et du développement économique pour ces secteurs qui sont extrêmement attractifs pour la ville de Paris », explique Mathilde Nony, directrice adjointe des Ateliers de Paris, au micro de FashionUnited.
Cet incubateur comprend 28 espaces de travail vierges (comprenez non outillés), disponibles deux ans, répartis entre le 28 rue Faidherbe (Paris 11ᵉ dans les locaux de l’école Boule) et le 30 rue du faubourg Saint-Antoine (Paris 12ᵉ).
Les postulants aux Ateliers de Paris doivent répondre à l'appel à candidatures annuel (en cours jusqu’au 10 avril 2025). Chaque année, la moitié des résidents de l’incubateur est renouvelée. Les critères de sélection sont la singularité du projet, les savoir-faire, l’innovation créative, la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux, le potentiel économique et la motivation à intégrer un collectif. Aucun minimum de chiffres d’affaires n’est requis, mais il faut être au commencement de son activité.
L’incubateur permet de présenter son travail à travers la galerie du faubourg Saint-Antoine (en photo d'ouverture), mise à la disposition des résidents pour organiser des expositions, des pop-ups ou des rendez-vous avec les acheteurs. Mais aussi sur des évènements dont Les Ateliers de Paris sont partenaires (exposants) comme la Biennale « Révélations » (du 21 au 25 mai au Grand Palais) ou la Milan Design Week.
Les résidents ont un lien quotidien avec l’équipe du bureau, ils bénéficient également de formations et de rendez-vous individuels avec des consultants : pilotage financier, communication, juridique, export, stratégie wholesale. « Pour cela, nous choisissons des personnes expertes dans leur domaine et dans le secteur créatif, ajoute la directrice adjointe. Nous recevons des demandes pratiquement toutes les semaines. »
Côté mode, il est aussi partenaire de Francéclat (comité professionnel de développement économique au service des secteurs de l’horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie, de l’orfèvrerie et des arts de la table), ADC (Au-delà du Cuir) et des fédérations (FFPAPF et FHCM). Il permet des mises en réseau, telles que les appels à candidatures ou à projets.
En parallèle, le Bureau coorganise le programme de conférences « Génération Entrepreneurs », dédié aux porteurs de projets et toutes jeunes marques de mode/accessoires.
Pour les résidents, le coût mensuel dépend du fait d’être dans un espace seul ou partagé et de la surface de l’atelier qui va de 10 à 35 mètres carrés. Les tarifs ne sont pas les mêmes la première et la deuxième année : onze euros du mètre carré la première année, et entre neuf et seize euros la seconde. Auquel s’ajoute un forfait de 125 euros par mois pour l’accompagnement. Ce qui revient, en moyenne, entre 200 et 450 euros par mois la première année et entre 250 et 600 euros la seconde.
Sur les trois secteurs – design, mode et métiers d’art – le taux de pérennité des entreprises est de 85 %, mais « il est plus faible pour la mode qui n’est pas un secteur facile ».
« Le secteur de la mode ne manque pas de vitalité. Nous recevons beaucoup de candidatures qui montrent que beaucoup de personnes se lancent dans une activité liée à la mode. Cette nouvelle génération se soucie de la façon dont elle produit, elle réfléchit à de nouveaux modèles économiques pour ne pas être dans la surconsommation. » Un changement de prisme qui explique peut-être pourquoi la mode souffre plus (ou pas) que les autres secteurs.
Chloé Valorso : des bijoux pour le corps et des éléments de décoration intérieure
Issue de Central Saint Martins et du Royal College de Londres, Chloé Valorso réalise des bijoux-sculptures en métaux recyclés, alliages de bronze, argent et or, qui évoquent des talismans (ils sont commercialisés avec une carte de tarot qu’elle a inventée). Elle crée également des bijoux d’intérieur (bougeoirs, appliques murales, miroirs) et voit son atelier comme celui d’un alchimiste. Elle recycle ses propres matériaux, source ses pierres dans des laboratoires de synthèse ou dans des chutes. Elle expose dans des galeries d’art et sera présente à la Milan Design Week, grâce aux Ateliers de Paris.
Cachi : une première collection soutenue par l’écosystème de la mode
Présente sur le showroom Sphère en janvier 2025, l’esthétique de cette marque, fondée par la française Élise Girault et l’argentine Belen Frias, s’inspire des gauchos argentins (cow-boys latino-américains) et de la porcelaine de Limoges (couleurs, imprimés, textures). Leur expérience au sein de l’incubateur IFM leur a appris à construire un business plan, mais, lieu partagé oblige, ne leur permettait pas d’avoir un réel espace de travail. Aux Ateliers de Paris, elles créent les dessins, font réaliser les prototypes par Pierre-François Valette, qui a monté un atelier de fabrication à Paris, et font fabriquer dans une usine située en Bretagne.
Julia Bartsch ou la technique de la fonte à cire perdue
Cette artisane bijoutière, d’origine allemande, réalise des bijoux en métaux précieux qu’elle sculpte dans la cire. Un atelier spécialisé met ensuite la cire dans un moule en marbre, la fait fondre puis y fait couler le métal. Dans son atelier partagé, ses deux collaboratrices le brossent pour lui donner son aspect lisse. Si elle oriente le développement de son business vers les galeries d’art et non vers le réseau HBJO. Elle vient néanmoins de vendre ses pièces au Printemps (entre 200 et 1 200 euros prix publics).
Solène Lescouët : forte de son ADN artistique, elle développe une ligne de prêt-à-porter
Formée à l’Atelier Chardon Savard, cette créatrice a fondé sa marque éponyme en 2022, après plusieurs stages (Chanel, Lanvin). Son univers textile s’inspire du mouvement punk mixé avec des éléments poétiques liés à la Renaissance (collerettes) et aux années soixante-dix. Auparavant, elle travaillait au Viaduc des Arts, également propriété de la Mairie de Paris, puis dans un atelier partagé à Pigalle. Son ADN artistique, sa médiatisation (elle a fait une couverture du magazine Vogue) et sa proximité avec l’univers de la musique et du cinéma lui ont permis d’intégrer l’incubateur en septembre 2024. Aujourd’hui, elle souhaite développer son prêt-à-porter, via l’accompagnement des consultants qui « lui en ont plus appris en six mois qu’en travaillant seule ».
Norman Mabire-Larguier ou le développement d’une collection Couture
Les Ateliers de Paris permettent à ce créateur, précédemment découvert au festival de Hyères et via sa collaboration avec La Redoute, de développer des modèles Couture au design formel en termes de construction de vêtements. Son style monochrome (noir) est le fruit d’une « recherche exigeante, d’une quête intime de liberté intérieure ». Outre l’espace, son atelier lui permet de recevoir sa clientèle et de faire des essayages. Il envisage de présenter une collection à l’occasion de la Couture Week parisienne en janvier 2026.
Florence Moorhead : des bijoux contemporains à la conquête du marché multimarques
Cette bijoutière conçoit ses pièces (argent, cuivre, aluminium et laiton) avec de la plasticine (pâte à modeler) qui est ensuite envoyée dans un atelier italien avec lequel elle travaillait pour de grandes maisons (Givenchy, Saint Laurent, Jacquemus, Ami Paris, Longchamp). Elle continue de collaborer avec certaines de ces marques. Elle fait également fabriquer dans la Fabrique Nomade (Viaduc des Arts) qui favorise l'insertion professionnelle des artisans d'art migrants. Ses bijoux contemporains ont été exposés trois saisons sur le salon Tranoï, dans le but de conquérir des points de vente multimarques.
- Les Ateliers de Paris est un incubateur parisien qui soutient les jeunes créateurs de mode, de design et d'artisanat en leur offrant un espace de travail et des ressources pour le développement de leur activité.
- L'incubateur donne accès à des ateliers, des événements de réseautage et des consultations d'experts pour aider les entreprises résidentes à se développer.
- Axés sur la durabilité et l'innovation, les Ateliers de Paris affichent un taux de réussite de 85 % pour leurs diplômés, ce qui témoigne de leur efficacité à nourrir les talents créatifs.