Le ministère de l'Économie prépare la fusion du Défi et de l'IFTH

En France, le ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique s'apprêterait à fusionner le Défi et l'IFTH, selon des informations recueillies par FashionUnited auprès des représentants de l'industrie de la mode. Face à ce projet, les professionnels du secteur exigent des garanties quant à la gestion des fonds issus des contributions des marques.

Dans un récent article, FashionUnited relatait que 15 % de la taxe du Défi étaient désormais affectés à l’IFTH (soit environ 1,5 million d’euros). Quatre mois plus tard, le ministère de l'Économie projette une fusion entre le Défi et l’IFTH au 1ᵉʳ janvier 2027. Les deux organismes sont invités à orchestrer cette fusion.

Cette perspective figurait déjà dans l'exposé des motifs de l'amendement nᵒ 3447 au projet de loi de finances : « cette évolution constitue un point d’équilibre acceptable par les professionnels, dans la mesure où elle s’inscrit exclusivement dans la perspective d’une fusion rapide, équilibrée et juste entre les structures concernées, permettant à terme une gouvernance rationalisée et une meilleure lisibilité de l’action publique au service de l’ensemble de ces filières. »

Pour Bercy, cette fusion doit permettre de rationaliser la gouvernance des deux organismes et d'améliorer la lisibilité de l'action publique en faveur des filières concernées.

Pour mémoire, le Défi est le comité de développement économique de l'industrie de l'habillement et l'IFTH est le centre technique de référence de la filière textile.

L’IFTH est essentiellement tourné vers la matière et les textiles techniques (santé, transports, défense). L’ensemble de la filière textile tire profit de ses travaux, mais il n’intervient que marginalement pour les marques de mode.

À l’inverse, le Défi soutient exclusivement la mode. C'est précisément cette répartition des missions qui suscite des réserves de la part du secteur mode.

La filière mode est opposée au projet de fusion dans sa forme actuelle

« Cela fait maintenant quatre ans que les fédérations professionnelles le disent et l'écrivent, indique à FashionUnited Pierre-François Le Louët, coprésident de l'Union française des industries de la mode et de l'habillement (UFIMH). Nous ne sommes pas contre une fusion par principe parce qu'évidemment l'innovation est très importante pour la filière. Mais nous voulons qu'il y ait une stratégie, une vision, une gouvernance partagée. On veut avoir des garanties que l'argent des marques de mode sera utilisé pour les marques de mode et non pas pour des acteurs qui ne les concernent pas. »

Le calendrier serré – six mois pour préparer les aspects juridiques, financiers et organisationnels – ainsi que le changement de direction et le renouvellement du conseil d'administration de l'IFTH font de cette décision une réforme particulièrement sensible pour le secteur d’activité qu’est la mode.

Car le Défi, financé à plus de 92 % par les marques de mode et dont 15 % des recettes de la taxe sont désormais affectées à l'IFTH, est le principal organisme qui soutient l’écosystème créatif français avec une trentaine de créateurs d’avant-garde. Il a permis, par exemple, l’émergence de Jacquemus, Ami Paris ou encore Officine Générale.

Par ailleurs, il épaule Paris Fashion Week (2 500 journalistes internationaux), accompagne 350 marques à l'international, ainsi que quarante jeunes créateurs.

Une position qui semble rallier l’ensemble de la filière mode

Invité à s'exprimer sur le sujet par FashionUnited, bien qu'il n'ait pas de lien direct avec ces institutions, Pierre Talamon, président de la Fédération Nationale de l'Habillement (FNH), ne se prononce pas sur les aspects institutionnels de la fusion, mais sur ses conséquences pour le commerce de mode indépendant.

« Le commerce de mode indépendant constitue le principal réseau de distribution des marques émergentes. Toute diminution des moyens du Défi est susceptible de les fragiliser, ce qui nous inquiète », confie-t-il.

Cette orientation politique invite, une nouvelle fois, à s’interroger sur l’adéquation entre les financements mobilisés, les besoins du secteur et le levier de croissance que peut être la Creator Economy.

« Il est important de flécher les moyens générés par le Défi vers le développement de l'innovation immatérielle des marques, souligne Alain de Rodellec, président de Promincor, l'association des fabricants de lingerie française. C'est tout ce qui relève de l'image, de la culture et de l'apport artistique qui constitue l'un des points forts des marques françaises, au-delà de leurs caractéristiques techniques, et fait le succès de la filière. »

« Cette réforme peut constituer une opportunité si elle s'accompagne de garanties claires, conclut Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du Commerce. Notre priorité est de préserver dans la durée les dispositifs qui accompagnent les entreprises de l'habillement et de veiller à ce que les ressources issues de leur taxe demeurent affectées à des projets répondant à leurs besoins et à leurs enjeux de compétitivité. »

Le ministère de l'Économie n'a, à ce stade, pas communiqué publiquement sur les modalités de cette fusion.

En résumé
  • Le ministère de l'Économie prévoit de fusionner le Défi et l'IFTH au 1er janvier 2027, dans le but de rationaliser la gouvernance et d'améliorer la lisibilité de l'action publique.
  • La filière mode, bien que non opposée à une fusion de principe, demande des garanties claires sur l'utilisation des fonds des marques de mode, craignant que leur argent ne soit pas exclusivement dédié à leurs besoins.
  • Les acteurs du secteur s'inquiètent des conséquences de cette fusion sur le soutien aux marques émergentes et aux créateurs, soulignant l'importance du Défi pour l'écosystème créatif français.
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