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Pékin active la « double circulation » : la mode européenne face au défi de l'ultra-compétitivité chinoise

Pékin affirme vouloir « augmenter de manière significative la part de la consommation des ménages dans le PIB », selon un communiqué officiel cité par Reuters. Le mécanisme repose sur la stratégie de la « double circulation » (domestique et internationale) : orienter la croissance vers le marché intérieur tout en restant connecté au commerce mondial.

Un plan marqué par la « double circulation » et la croissance par la demande

Dans ce cadre, le projet du 15ᵉ plan propose de « vigorously boost consumption, expand effective investment, and eliminate bottlenecks hindering the development of a unified national market » (« stimuler vigoureusement la consommation, étendre les investissements effectifs et éliminer les goulets d'étranglement entravant le développement d'un marché national unifié »), selon China Briefing. Concrètement, cela se traduit par une priorité à la consommation de services (voyages internes, loisirs, culture) qui affichent déjà des croissances supérieures aux biens physiques.

Il y a également un renforcement de l’investissement dans les infrastructures, l’innovation technologique et l’industrie « traditionnelle » modernisée (« optimizing and upgrading traditional industries, including … light industry, textiles », « optimiser et moderniser les industries traditionnelles, y compris… l'industrie légère, le textile », précise China Briefing), ainsi qu'une simplification du marché national via un « marché unifié » aux règles harmonisées.

Mode et textile : secteurs identifiés mais sous pressions concurrentielles

Le textile figure parmi les industries explicitement citées pour « ajuster et moderniser » son offre afin de répondre à cette demande grandissante. Les mesures incluent la montée en gamme, la différenciation par la qualité, et l’intégration de technologies dans la chaîne mode.

Pour les marques européennes, cette dynamique recèle deux faces. D’un côté, l’opportunité d’exporter vers un marché massif de 1,4 milliard de consommateurs qui s’efforce de consommer davantage domestiquement. De l’autre, la concurrence de marques chinoises qui seront soutenues par l’État et par un marché local renouvelé. Selon un observateur, « la Chine pourrait ajouter 3 500 milliards de dollars à son économie si elle repositionne son modèle vers les consommateurs », cite The Times.

Les acteurs européens de la mode-textile devront donc soigner leur « entrée-marque » sur ce marché. Par exemple, à travers un positionnement premium et une différenciation européenne. Simultanément, ils devront surveiller la montée en puissance de la production locale chinoise modernisée et équipée pour concurrencer les importations, et anticiper les conséquences logistiques, tarifaires ou de propriété intellectuelle liées à la promotion de la chaîne intérieure.

Les moyens techniques et financiers mobilisés

Pékin ne se contente pas du discours. Plusieurs mesures concrètes ont déjà été annoncées. Un programme de subventions à la consommation-échange (par exemple, pour les appareils électroménagers) est mis en place, avec près de 81 milliards de yuans alloués en 2025, annonce le Financial Times. De même, une aide aux prêts à taux réduit est prévue pour les ménages et les entreprises des secteurs « consommation-service », précise Reuters.

Ces efforts s'accompagnent d'une priorité sur l’innovation technologique, à la fois pour stimuler l’offre intérieure et pour renforcer l’attractivité des biens de consommation « Made in China ». Le tout s'articule autour d'un focus sur l’amélioration du revenu des ménages, la modernisation des services publics, et des incitations à la consommation des services (tourisme, loisirs, culture) qui progressent plus vite que les biens.

Impact pour l’Europe : vigilance requise

Pour les entreprises européennes du textile-mode, le recalibrage chinois de la consommation intérieure ouvre des perspectives mais implique aussi une forte intensification de la concurrence. Le principal enjeu est de réussir à positionner une offre européenne distincte, tout en surveillant l’évolution de la chaîne d’approvisionnement chinoise locale.

Plusieurs signaux sont à suivre de près par les marques. Cela inclut les barrières à l’entrée (normes locales, préférence pour le « China-made »), les évolutions tarifaires ou réglementaires sur l’exportation vers la Chine, et le développement rapide des marques chinoises de mode, soutenues par ce large marché intérieur renouvelé.

En résumé, le plan chinois de relance de la consommation constitue un tournant industriel et commercial. Il vient non seulement redéfinir la demande intérieure, mais repositionne également la Chine comme un concurrent sérieux, y compris pour les marques premium importées.Les acteurs européens doivent donc concevoir ce vecteur non plus comme une simple opportunité d’exportation, mais comme un enjeu compétitif global.

La Chine cherche à faire de la consommation intérieure le moteur principal de sa croissance. Pour le secteur européen de la mode-textile, cela signifie un paysage de possibilités amplifiées mais aussi de confrontation renforcée. L’heure est moins à l’export « facile » qu’à l’export stratégique, celui qui combine marque, qualité, différenciation et anticipation des changements rapides de marché.


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