Que pense Peta de la métamorphose de la mode en faveur des animaux ?

Lorsque Michael Kors a retiré la fourrure de ses collections, il a expliqué que sa décision était basée sur sa capacité à créer une esthétique de luxe en utilisant de la fourrure non animale, Donatella Versace a déclaré ne plus se sentir à l'aise avec ces meurtres d’animaux, Marco Bizzarri, CEO de Gucci, a souligné que cette matière n'était pas indispensable car les produits alternatifs étaient de qualité. Le mois dernier, Prada a fait des déclarations similaires.

Les progrès technologiques et l'évolution de la demande des consommateurs sont les principales raisons de la baisse de popularité de la fourrure, mais selon Dan Mathews, de Peta, qui a fait un discours au sommet annuel du CFDA, « C'est une révolution mondiale dans la mode et cela ne doit pas se limiter à la fourrure, ce n’est que le commencement ».

Chanel a déclaré qu'elle cesserait non seulement d'utiliser de la fourrure, mais aussi des peaux exotiques. Calvin Klein et Ralph Lauren font partie des 300 marques qui ont cessé d'utiliser l'angora, après avoir pris conscience des mauvais traitements infligés aux lapins ; Uniqlo et Zara font partie des centaines de marques qui ont interdit le mohair, tandis que H&M et ASOS ont abandonné le cachemire. Peta reconnaît l'évolution des temps et son rôle en constant changement. « C'est moins une question de protestation que d'éducation ». Mathews a raconté au public, ajoutant en riant : « C'est un plaisir d'être ici parce que désormais je n'ai plus peur d'aller en prison ».

Selon Mathews, la plupart des designers ne mettent jamais les pieds dans les fermes d'où ils tirent leurs produits animaliers, c'est pourquoi Peta se rend toujours dans ces endroits souvent reculés pour filmer les conditions. De l'Australie à l'Écosse, des fermes d'alligators au Zimbabwe aux installations de mohair en Afrique du Sud. Bien que géographiquement différentes, toutes les fermes ont en commun une chose : couper les angles pour réduire leur coût--Il reste donc pragmatique sur le travail qu'il lui reste à faire. « C'est du business, après tout, pas des refuges ».

Mathews est convaincu qu'après s'être entretenu avec des maisons de couture et avoir montré aux designers les images qu'ils avaient filmées, ils ont été laissés dans un tel état de choc qu'ils ont contribué aux protestations qui se sont fait entendre presque partout dans le milieu. Peta fait également appel à des personnalités publiques telles que Pink et Tim Gunn pour atteindre les consommateurs, livre des échantillons des derniers textiles végétaliens aux entreprises et, en juin, a organisé le premier défilé de vêtements végétaliens pour hommes inaugurant la semaine de la mode masculine avec les costumes du designer Stephen F en WonderFelt, un matériau fait de bouteilles en plastique recyclé.

Développements dans le domaine des alternatives écologiques pour le cuir

Crocodile, faux serpent, faux mohair, l'angle marketing du faux est florissant mais les développements sont réels. Parmi les plus connus, citons le cuir champignon ou le Piñatex à base d'ananas, le bambou ou la soie de soja, auxquels s'ajoutent des textiles plus récents à base de raisin et de pomme, la laine et le cachemire qui imitent les tissus en chanvre et en coco, et les progrès du liège qui consiste à raser la couche extérieure des arbres sans effets secondaires nocifs car celui-ci se renouvelle lui-même.

« Les designers sont maintenant à l'écoute de leurs jeunes clients hyper-sensibilisés qui veulent faire partie de la solution », explique Mathews. Les marques veulent être les premières à utiliser le dernier tissu non animal, ce que Tim Gunn appelle « des tissus qui ne saignent pas ». Il décrit avoir des « discussions en cours » avec des entreprises comme Armani et Moschino, mais dit que les maisons s'adaptent souvent petit à petit, donnant l'exemple d'une grande marque parisienne bien établie qui est complètement silencieuse sur ses démarches, même si elle a déjà remplacé quatre des tissus qu'elle propose avec des produits écologiques.

Mathews met fin au débat sur le fait que le faux est aussi nocif pour l'environnement que la fourrure animale en disant : « L'immersion des peaux dans le chrome et le formaldéhyde pendant le processus de tannage et l'élimination inappropriée des déchets toxiques rendent tout produit animal plus dangereux. Les produits synthétiques ont moins d'impact. Stella McCartney a résisté à la fausse fourrure pendant des années parce qu'elle n'arrivait pas à en trouver une qui était assez écologique mais elle y est parvenue il y a deux ans. Le gouvernement n'intervient pas dans ce domaine, c'est donc à l'industrie de décider ». Lorsqu'on lui demande si les nouveautés en matière de peau de poisson sont une alternative viable, il répond : « Vous devrez demander au poisson. Peta est pour la protection de toutes les créatures, qu'elles existent sur terre ou en mer ».

Lorsqu'on lui demande si l'organisation a envisagé d'investir dans des start-ups qui créent des alternatives au cuir et à la fourrure, Mathews rappelle que Peta est un organisme de bienfaisance. « Mais nous cherchons des moyens d'attirer l'attention sur les matériaux, par exemple à travers les défilés de mode, nous pouvons diriger les investisseurs éthiques vers les entreprises, et nous sommes heureux d'être une ressource pour les étudiants et les entreprises pour obtenir des échantillons de nouveaux matériaux ».

Il identifie les professeurs de mode comme étant dans une position unique car ils forment les designers de demain et réaffirment l'enthousiasme de Peta à être une ressource pour les écoles, partager du matériel, diffuser les connaissances et sensibiliser, inspirer un changement continu.

Jackie Mallon, éditrice de mode, est également éducatrice et auteure de Silk for the Feed Dogs, un roman qui se déroule dans l'industrie internationale de la mode

Cet article a été écrit pour FashionUnited.uk. Cet article a été traduit et édité en français par Sharon Camara.

Photos Peta.org