Au Louvre-Lens, une exposition explore le rapport de l'artiste au vêtement
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Lens (France) - Si l'habit fait le moine, l'habit fait-il l'artiste ? La nouvelle exposition temporaire du Louvre-Lens interroge le rapport de l'artiste à son apparence, mais aussi le basculement du vêtement vers le statut d'œuvre d'art à travers la haute couture.
De la salopette maculée de taches de peinture à la robe la plus extravagante, l'exposition "S'habiller en artiste, l'artiste et le vêtement", qui s'ouvre mercredi et se tient jusqu'au 21 juillet, croise les époques et les styles, l'histoire de l'art et celle des artistes.
Les œuvres exposées, tableaux, sculptures et textiles, ont été prêtées par le Louvre mais aussi par le palais Galliera, la Maison Dior ou encore le musée Mode & Dentelle de Bruxelles.
"On parle aussi bien de sociologie, d'anthropologie, de la quête d'identité de certains artistes, que de sujets assez fondamentaux de l'histoire de l'art, comme l'autoportrait", analysé sous l'angle des vêtements choisis, explique Olivier Gabet, directeur du département des objets d'art au Louvre et commissaire de l'exposition, avec la directrice du Louvre-Lens, Annabelle Ténèze.
La tenue choisie illustre la place que l'artiste veut occuper dans la société - la blouse reflétant par exemple la proximité avec le peuple - mais lui permet aussi d'exprimer sa virtuosité dans le rendu des tissus. L'exposition, qui s'ouvre sur trois robes Yves Saint Laurent inspirées par l'histoire de l'art, rappelle que les artistes des XVIIIe et XIXe siècles aimaient s'inspirer des vêtements antiques, toges ou robes blanches, se posant ainsi en héritiers de leurs lointains prédécesseurs. Puis ils ont adopté ou rejeté le costume noir, devenu la norme pour les hommes au XIXe siècle. Parmi les chefs-d'œuvre présentés, deux autoportraits de Rembrandt : l'un où il se représente jeune dans un costume à la mode bourgeoise néerlandaise de l'époque, et l'autre âgé, coiffé d'un simple bonnet.
"Rembrandt a peint plus de 80 autoportraits, jamais avec le même vêtement", s'amuse Annabelle Ténèze. Les surréalistes ne sont pas en reste, avec le "veston aphrodisiaque" de Salvador Dali, sur lequel sont fixés des petits verres emplis de liqueur de menthe, tandis que les chapeaux et robes de Niki de Saint Phalle ouvrent l'espace dédié aux artistes-couturiers, où figurent aussi Sonia Delaunay, Leonor Fini et Léonard Foujita.
Le cas de la célèbre peintre animalière du XIXe siècle Rosa Bonheur, qui obtint le droit de porter le pantalon, alimente la réflexion sur le genre du vêtement, comme George Sand et les drag queens. L'exposition explore également les frontières devenues poreuses entre vêtement et œuvre d'art, dans l'art contemporain et les performances.