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A Kinshasa, des tailleurs rajeunissent l'« abacost », costume emblématique de la RDC

À Kinshasa, des tailleurs modernisent l'« abacost », un costume emblématique de la RDC, en y intégrant des tissus africains et des broderies complexes pour affirmer une identité culturelle unique.
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Auguy Okasol pose pour une photo vêtu d'un « abacost », une veste fermée sur le devant, à l'atelier Okasol de Kinshasa. Credits: Glody Murhabazi / AFP
By AFP

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Cols Mao, poches passepoilées, manches ornées de perles ou de motifs élaborés... A Kinshasa, tailleurs et élégants rivalisent d'audace et de créativité pour rajeunir l'« abacost », costume emblématique de la République démocratique du Congo (RDC).

Abréviation d'« à bas le costume », l'abacost est un costume fermé, généralement à col Mao, évitant le port d'une cravate guère adaptée à la touffeur équatoriale.

Le président Mobutu Sese Seko (1965-1997) en avait imposé le port aux fonctionnaires, en faisant le symbole de l'identité congolaise contre les normes occidentales.

Un retour en force trente ans plus tard

Après la chute du dictateur et l'essor du multipartisme, la popularité de l'« abacost », associé à l'ancienne classe dirigeante, a quelque peu décliné.

Mais trente ans plus tard, « c'est la tendance », assure Serge Okasol, tailleur au nom célèbre à Kinshasa, qui dit voir affluer les commandes de la part de jeunes hommes comme des anciennes générations.

L'atelier Okasol, caché derrière une station-service du centre-ville de la capitale congolaise, est l'un de ces temples du style. Après des études de mode à Paris, Serge Okasol et son frère Auguy y sont revenus pour perpétuer le savoir-faire de leur père, fondateur de l'entreprise familiale.

Ministres et haut-fonctionnaires, généraux, hommes d'affaires et diplomates sont des habitués des lieux. Certains peuvent acheter jusqu'à quinze costumes en une seule commande, à environ un millier de dollars la pièce.

Son identité

Les tailleurs de l'enseigne « savent s'adapter aux exigences locales avec des hauts standards de qualité. Des établissements comme ça, il y en a beaucoup, mais le premium, c'est Okasol », assure un client distingué venu récupérer une coûteuse livraison, et qui préfère taire son nom.

Les costumes les plus prisés sont ceux qui intègrent des tissus africains, permettant l'affirmation d'une « identité culturelle », assure Percy Loso, un autre client de l'atelier.

L'abacost s'enrichit désormais de broderies complexes, et de tissus comme le wax ou encore le kuba congolais, qui tranchent avec la sobriété des costumes occidentaux.

« On s'approprie le style classique pour créer un langage propre à nous », résume Serge Okasol.

L'influence des réseaux sociaux et le souci du détail

La création commence dès la cabine d'essayage, où les clients viennent souvent avec des modèles déjà en tête, inspirés par des artistes ou influenceurs congolais qui ont largement contribué à redonner ses lettres de noblesse au costume mobutiste, via les réseaux sociaux.

« Quand tu m'avais envoyé le modèle sur téléphone, c'était un col à pointe. Mais là, je suis parti sur un col classique. Après, avec ça, on fera des transformations », conseille Auguy Okasol à un jeune client, tout en prenant les mesures.

Les plus fortunés se font tailler des abacost savamment ornés de motifs floraux ou de perles, destinés aux mariages et aux soirées huppées de la haute société kinoise. D'autres choisissent de faire broder leurs initiales ou même leur visage sur la poitrine.

Une seule règle : « affirmer son identité » avec un abacost aussi « personnalisé » que possible, selon les deux tailleurs. Et toujours en soignant les détails.

À quelques pas de la boutique, se trouve le cœur de l'atelier : un hangar où bourdonnent des machines haut de gamme importées d'Allemagne ou du Japon, où s'activent une trentaine d'employés. Chaque couturier est spécialisé : veste, pantalon, manches, boutonnière...

« Les gens sont très attentifs aux détails. Si tu vois le costume de quelqu'un, tu devez regarder les finitions », explique Serge Okasol.

Le secret du costume

À quelques rues de l'atelier, des centaines de costumes sont alignés à l'air libre sur des cintres pendus à des fils, le long d'une rue défoncée.

Dans cette artère commerçante entièrement dédiée aux costumes pour hommes, les moins fortunés peuvent trouver un « abacost » importé d'Asie à un prix abordable, environ 50 dollars. Les retouches sont faites sur place, à l'étage d'un entrepôt privé de lumière, faute de courant.

Les tailleurs de Kinshasa déplorent la concurrence du prêt-à-porter importé d'Asie qui inonde les marchés kinois, avec des tissus de mauvaise qualité, souvent mélangés à du polyester.

Or, « le tissu, c'est ça le secret du costume » à la congolaise, estime Auguy Okasol. « Il y a des faux et des vrais tissus. Les faux, ça dégage de la chaleur. Avec les vrais, vous respirez ».

Le vêtement comme une armure sociale Qu'ils appartiennent à la grande bourgeoisie du centre-ville, ou à la classe populaire rejetée aux marges de la mégalopole, les Kinois se doivent selon lui de « démontrer leur fortune ».

« S'habiller pour un Kinois, c'est avoir une armure. C'est une question d'estime de soi et de crédibilité », dans un pays classé parmi les plus pauvres au monde, estime Serge Okasol.

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