Après le jean « barrel », la tendance denim sera à la coupe droite décontractée
Ces dernières années, le denim s'est imposé comme l'une des catégories les plus fiables de la mode, porté par des consommateurs privilégiant avant tout le confort. Pendant plusieurs saisons, ces derniers ont délaissé le jean skinny au profit de coupes plus amples : le jean large, le baggy et, plus récemment, le jean « barrel » (incurvé), devenu le modèle dominant de la saison. Alors que le mois des défilés Printemps/Été 2027 vient de s'achever, le secteur s'interroge sur ce qui remplacera le « barrel ». La réponse des défilés est claire : la relève ne sera pas plus audacieuse, mais plus discrète. Place au jean droit, décontracté, tombant sur la chaussure, porté avec un blazer.
Ce constat tire sa source de l'analyse des Fashion Weeks de Paris et New York effectuée par The Data Fashion Brief, et trouve un écho direct dans les recherches des acheteurs. Actuellement, le jean droit suscite près de trois fois plus d'intérêt que le « barrel », et sa popularité grimpe plus rapidement.
Paris considère le denim comme un basique de la garde-robe
À Paris, le denim a figuré dans seulement 4 % de tous les passages sur les catwalk, mais il a touché 63 % des marques analysées, marquant ainsi une empreinte discrète en quantité mais vaste en termes de diffusion. Chacun de ces looks ne comportait qu'une seule pièce en denim, il n'y avait donc pas de total look denim à Paris, et le denim n'était le tissu principal que de 18 looks, dont sept chez Stella McCartney. Partout ailleurs, le jean était une pièce d'accompagnement.
La pièce reine était, dans la très grande majorité des cas, le classique pantalon en jean. Ce dernier a composé 75 % de l'offre denim. Les modèles droits et amples étaient les plus en vue, avec une forte concentration de jeans droits chez Maison Margiela, Stella McCartney et Tom Ford. La coupe était décontractée pour 77 % des modèles. Quant au jean skinny, son retour n'est pas à l'ordre du jour : un seul spécimen a été vu dans tout Paris, lors du défilé Tom Ford. Le délavage intermédiaire a dominé la palette chromatique (55 %), s'illustrant surtout chez Balenciaga et Stella McCartney, talonné par l'indigo que l'on a retrouvé principalement chez Tom Ford et Miu Miu.
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*Méthodologie : The Data Fashion Brief a développé un outil assisté par IA qui analyse chaque look des collections de la Fashion Week de Paris PE27 et le classe par type de vêtement, coupe, tissu et couleur. Chaque tendance est mesurée de deux manières : sa dominance au sein de la collection d'un créateur et sa présence sur l'ensemble de la saison. Les maisons parisiennes couvertes : Balenciaga, Balmain, Celine, Chanel, Chloé, Dior, Dries Van Noten, Isabel Marant, Lacoste, Lanvin, Loewe, Maison Margiela, Miu Miu, Stella McCartney, Tom Ford et Valentino, soit 997 looks au total. Le panel new-yorkais rassemble : Altuzarra, Calvin Klein, Carolina Herrera, Coach, Conner Ives, Cult Gaia, Khaite, Michael Kors, Ralph Lauren, Thom Browne, Tommy Hilfiger, Tory Burch et Ulla Johnson. Les données de recherche proviennent de Google Trends, monde entier, d'octobre 2025 à octobre 2026, comparées à l'année précédente.
C'est dans le stylisme que le successeur du « barrel » se dessine clairement. Les costumes en laine apparaissent dans 23% des looks en denim et le cuir dans 14%, la formule étant donc le blazer porté avec un jean, en particulier chez Tom Ford et Maison Margiela. Les données montrent que le délavage moyen est conjugué à un pantalon droit environ neuf fois plus souvent que le hasard ne le laisserait supposer.
Tom Ford a combiné des jeans indigo à des blazers, ainsi que des jeans à rayures, des jeans blancs et des shorts en denim. Balenciaga a présenté presque exclusivement des jeans à délavage moyen avec des chemises et des t-shirts, cinq coupes larges et trois coupes droites, et Stella McCartney a dominé en volume avec du denim dans 16% de ses looks, principalement des jeans droits accompagnés d'une veste en denim, d'une chemise en denim et de jeans blancs à imprimé palmier.
Les maisons qui ont innové avec le denim étaient l'exception plutôt que la règle. Maison Margiela, avec du denim dans 14% de ses looks, a présenté trois vestes en denim, une jupe longue en denim et du denim anthracite, étant la seule maison à Paris à l'utiliser. Miu Miu a montré des jeans à lacets, une salopette en denim à lacets et des jupes en denim froissé, le seul denim de la saison avec une finition autre que mate. Chanel a associé un corset en denim à une jupe en tulle, et les jeans imprimés et patchworkés de Stella McCartney ont constitué la plupart des décorations de surface de la saison.
New York s'oriente vers le même pantalon décontracté
New York avait déjà indiqué la même direction plus tôt dans la saison. Le denim est apparu dans 38% des défilés analysés, le plus présent chez Ralph Lauren, Tommy Hilfiger, Calvin Klein, Conner Ives et Thom Browne, le pantalon en denim décontracté étant la pièce qui le relie à Paris. Paris a réparti le denim dans un plus grand nombre de ses maisons, 63% contre 38% à New York, mais les deux villes décrivent la même évolution : le denim est passé du statut de pièce forte à celui de basique, présent dans une grande partie des collections sans qu'aucune maison n'en fasse un look phare de la saison, et le jean qui remplit cette fonction est décontracté plutôt que skinny.
Les détaillants vendent une coupe, pas une forme unique
Le contexte commercial explique pourquoi les créateurs traitent le denim comme un basique, et il est cohérent chez plusieurs des plus grands vendeurs de denim plutôt que de reposer sur l'un d'entre eux.
La marque Gap a enregistré une croissance de ses ventes à périmètre comparable de 10 % au deuxième trimestre de l'exercice 2026, signant ainsi son onzième trimestre consécutif de ventes comparables dans le vert. La direction a désigné le denim comme l'une de ses catégories phares. De son côté, Old Navy, qui se revendique comme la troisième plus grande marque de jeans aux États-Unis, a annoncé vouloir capitaliser sur de nouvelles coupes, telles que la taille basse et le baggy, pour le second semestre.
Levi Strauss & Co. a revu à la hausse ses prévisions pour l'ensemble de l'année en juillet, après une augmentation de 8% de son chiffre d'affaires au deuxième trimestre, soulignant les coupes plus amples parmi ses moteurs de croissance. Chez American Eagle, où les ventes comparables de la marque ont chuté de 1% au deuxième trimestre, l'entreprise a attribué cette baisse en partie au rééquilibrage de ses stocks de denim pour femmes, tout en signalant une bonne réaction aux nouvelles coupes pour femmes, notamment une coupe droite à jambe large et une taille basse.
Aucune de ces marques ne parie sur une coupe unique. La dynamique positive s'appuie sur une offre élargie où se côtoient baggy, coupe large, droite, taille basse et bootcut. Une diversité qui reflète la nouvelle approche d'achat des clients : l'acquisition d'un jean est aujourd'hui moins perçue comme un choix dicté par la mode que comme la quête de la coupe parfaite, confortable à porter tous les jours.
Ce que les consommateurs recherchent
Les données de recherche apportent une nuance que les podiums seuls ne révèlent pas : le jean « barrel » s'installe durablement plutôt qu'il ne s'essouffle. L'intérêt mondial des requêtes pour les « jeans barrel » a atteint un pic en avril pour se stabiliser depuis à moins de la moitié de ce sommet. Cependant, tout au long de l'année écoulée, le volume hebdomadaire est resté systématiquement supérieur à celui de la même semaine l'année précédente, frôlant même le double de son niveau de l'an dernier au cours des deux derniers mois. La tendance du barrel ne s'emballe plus, mais les consommateurs qui l'ont adoptée ne l'ont pas délaissée.
Là où les défilés et les recherches s'alignent, c'est sur la coupe droite. Parmi les requêtes de jeans les plus recherchées dans le monde au cours de l'année écoulée, « straight jeans » obtient un score environ trois fois plus élevé que « barrel jeans » sur la même échelle, et les requêtes sur la coupe droite sont également parmi celles qui connaissent la plus forte croissance, avec « straight jeans » en hausse de 130 %, « straight leg jeans » en hausse de 150 % et “straight fit jeans” en hausse de 180% par rapport à la période précédente, devant les 120% du barrel.
Le jean skinny, quant à lui, ne s'est pas traduit par un retour durable. L'intérêt de recherche a fortement augmenté au printemps, mais début octobre, il était retombé au niveau de l'année dernière, ce qui correspond à l'unique jean skinny du défilé parisien.
La même liste des recherches les plus populaires montre ce que les consommateurs recherchent au-delà de la forme. La requête de jeans la plus recherchée de l'année écoulée était « men's jeans », qui a également connu la plus forte croissance de toutes les requêtes de la liste, en hausse de 700% par rapport à la période précédente, un rappel que la conversation sur le denim ne concerne pas seulement le prêt-à-porter féminin.
En ce qui concerne la couleur, « black jeans » et « blue jeans » sont les plus recherchés, mais la croissance la plus rapide se situe dans les teintes plus claires et plus chaudes, avec « white jeans » en hausse de 70%, « light blue jeans » en hausse de 80% et « brown jeans » en hausse de 110%, ce qui correspond au denim à délavage moyen et blanc que Paris a mis sur ses podiums. Le déclin se concentre sur les formes des cycles précédents, avec « mom jeans » en baisse de 10% et « flared jeans » en baisse de 20%.
Les recherches par marque vont dans le même sens que les résultats de la vente au détail. « Levi's jeans » et « Calvin Klein jeans » sont tous deux en hausse de 200%, « Gap jeans » de 140%, et « Old Navy » et « H&M » de 120% chacun, tandis que « Zara jeans » a connu une hausse plus modeste de 20%. Les marques dont les recherches ont le plus augmenté sont en grande partie les noms historiques du denim, ce qui suggère que pour un consommateur à la recherche de la bonne paire, une coupe reconnue d'une marque de denim connue a plus de poids qu'une nouvelle silhouette.
C'est le même instinct que reflète le défilé parisien, où 77% des pièces en denim avaient une coupe décontractée et où la coupe droite a dépassé la coupe large dans un rapport de trois pour un : un client qui a déjà fait de la coupe droite la silhouette la plus recherchée, et des créateurs qui l'associent maintenant à un blazer.
Ce que cela signifie pour les marques et les détaillants
Le jean barrel ne disparaît pas, l'intérêt de recherche est toujours supérieur à celui de l'année dernière et les détaillants le vendent toujours au sein de familles de coupes plus larges, mais le signal des défilés pour le printemps-été 2027 est que le prochain jean est moins extrême plutôt que plus : décontracté, long, droit ou légèrement large, à délavage moyen ou indigo, et stylisé avec des pièces de tailleur plutôt que porté en total look denim. Pour les marques, l'opportunité réside dans la gamme de coupes et la portabilité, et pour les détaillants, cela pointe vers des assortiments construits autour de la coupe droite comme pièce maîtresse, avec des détails spécifiques à la maison, des lacets, des délavages anthracite, des imprimés, voire des broderies comme points de différenciation.
Le véritable test aura lieu lorsque les collections printemps-été 2027 arriveront en magasin l'année prochaine, et en attendant, la période des fêtes montrera si la demande pour des coupes plus amples et plus droites se maintient alors que le barrel arrive à maturité.
Sources :
-Résultats du deuxième trimestre de l'exercice 2026 de Gap Inc., 27 août 2026
-Résultats du deuxième trimestre de Levi Strauss & Co. (Nasdaq), CNBC, 8 juillet 2026
-Yahoo Finance, résumé de la conférence téléphonique du T2 2026 d'AEO, Modern Retail, 10 septembre 2026.