Mode

La Fashion Week de Copenhague met en avant la mode scandinave

by Danielle Wightman-Stone
14 août 2019

Alors que Stockholm et Oslo annulaient leurs fashion weeks afin de réfléchir à une façon de rendre ces événements plus durables, la Fashion Week de Copenhague faisait honneur à la mode scandinave en tant qu’unique vitrine de la région d’Europe du Nord pour la saison printemps-été 2020. Du 6 au 9 août, l’événement danois a présenté des noms déjà bien établis, notamment Ganni, By Malene Birger et Baum und Pferdgarten, aux côtés de stars montantes telles que Saks Potts, Cecilie Bahnsen et Stand.

Au cours des dernières années, la popularité de la Fashion Week de Copenhague a explosé. Perçue comme la petite sœur cool des « quatre grandes » fashion week traditionnelles, New York, Londres, Milan et Paris, elle rassemble des journalistes et des acheteurs obsédés par le style « Scandi » et qui apprécient la capacité de l'événement à ignorer les « règles » de la mode pour favoriser des collections expérimentales et contemporaines.

Pour le printemps-été 2020, les marques scandinaves ont pris le contrepied de l’esthétique minimaliste qu'elles défendaient jusqu’alors. On note ainsi une profusion de couleurs, avec des nuances de lilas, de vert et de roses pastel chez Ganni, Elaine Hersby et Stand ; ailleurs, les alliances d’imprimés floraux, cachemire et fines rayures marquent un axe fort chez Saks, Potts, Ganni et Munthe tandis que Henrik Vibskov joue les empreintes de homards, de sardines et de couples dansants pour un effet très dessin animé.

On assiste également à une renaissance des années 80 avec Stine Goya embrassant le motif des pois polka sur une variété de collants, de tops et de robes, tandis que Saks Potts propose un imprimé à pois rouge et que les marques Cecilie Bahnsen et Holzweiler mettent en valeur un workwear utilitaire aux formes structurées et pièces couture.

Le cuir était également présent. Sans être la matière phare du vestiaire printemps-été, il s’est fait remarquer chez Ganni et Stand qui ont souligné la beauté du cuir d’été et présenté une veste en cuir façon peau de serpent et des ensembles veste/jupe (Stand).

Parmi les silhouettes féminines qui ont jalonné l’ensemble de la programmation, on observe quelques réccurences : les manches bouffantes et les robes et hauts évasés aux lignes Empire (aperçus sur les catwalks de Cecilie Bahnsen, aux côtés d'un tailleur délicat en organza). À noter également : le flirte de Baum und Pferdgarten avec la tendance sheer (une matière épurée et transparente) et les trendy robes longues et volumineuses de Brøgger.

Les cinq collection phares de la Fashion Week de Copenhague PE2020

Brøgger SS20

Brøgger a inauguré son second défilé au sein de la Fashion Week de Copenhague avec une collection estivale dessinée par Julie Brøgger. La créatrice marque une continuité dans son inspiration - la nostalgie de son enfance - et se concentre sur les souvenirs liés à la seconde vague féministe des années 1990.

« Je vois cette collection comme si je plissais les yeux et me souvenais de ma mère et de son groupe de copines à la fin des années 1980 et au début des années 1990 », a expliqué Julie Brøgger dans les notes du défilé. « Leur confiance et leurs fortes convictions faisaient autant partie de leur allure que de leurs vêtements. Elles arborent des habits au tailoring soigné, aussi bien sur du court que sur des formes et des matières somptueuses pensées pour les dîners et portent des écharpes comme des cravates ou dans les cheveux comme des bandeaux. »

Brøgger rejoint le clan des marques qui jouent sur le contraste entre féminité moderne et masculinité, et superpose des robes oversize en organza plissé sur un pantalon de tailleur et associe des chemises androgynes à des robes délicates à fronces.

Un autre atout clé de la collection : les épaules - point d’ancrage du « power dressing » propre au femme des années 1980. On remarque un blazer à épaules bouffantes confectionné en laine et en taffetas et associé à un short large.

La marque travaille également à ce qu’elle appelle une « tentative équilibrée » (traduction littérale de « balanced attempt »). Cette tentative vise à réduire l’impact sur l'environnement, saison après saison : chaque impression de motif est certifiée pour son process eco-friendly basé sur une collaboration avec des fournisseurs qui offrent une flexibilité sur les quantités afin de réduire les déchets.

En outre, Brøgger a confirmé donner des stocks restants et du matériel à des organisations locales soutenant l’égalité homme-femmes et l’accès aux opportunités d’emploi. Par ailleurs, toutes les chaussures vues au sein du défilé étaient vintages et la plateforme de mode circulaire Vestiaire Collective est chargée de leur vente après le show.

Même le lieu du défilé dénotait un aspect environnemental, puisque le Rigsarkivets Grønne Taghave, là ou le show avait lieu, est un jardin sur le toit, créé dans le cadre de la politique de Copenhague sur la végétalisation des toits, dans l’objectif d’atteindre une neutralité carbone d’ici 2025.

Images: courtesy of Brøgger by Olivia Rohde

Le conte de fées estival de Helmstedt

Connue pour ses collections colorées de conte de fées et ses présentations amusantes, Emilie Helmstedt, qualifié par Vogue comme « la jeune designer la plus visionnaire de Copenhague » et qui a remporté le prestigieux prix du Magasin du Nord, a séduit la foule de Copenhague par sa collection inspirée des abeilles.

Emile Helmstedt, fondatrice et directrice créative de Helmstedt, confie dans les notes du défilé : « Dans un vieux livre de biologie, j'ai trouvé une superbe illustration d’abeille à couper le souffle. L'abeille est extraordinaire de part son expression et ses lignes sans fin. Elles est douce avec de grands yeux ronds, effrayante avec son aiguillon pointu et poétique quand elle vole avec son aile flamboyante. »

L’abeille est la principale source d’inspiration de sa collection printemps-été 2020. L’insecte figure ainsi sur des motifs graphiques, peints à la main, ainsi que sur des fleurs et des fruits, comme une célébration de l’été danois.

Helmstedt poursuit dans cette collection l'exploration et la réinterprétation du vêtement féminin moderne, avec ses robes iconiques et ses costumes en soie deux-pièces, ornés de motifs enfantins peints à la main et d'impressions audacieuses, ainsi que des éléments nouveaux : notamment des robes, des vestes matelassées, des robes en coton impeccable, d’excentriques chapeaux et le motif d’une vigne extravagante faisant penser aux coiffes et boucles d'oreilles fabriquées à la main par le bijoutier Niels Monies, le petit ami de Helmstedt.

« Avec cette collection, je vous encourage à célébrer la nature qui nous entoure. Mon inspiration a été les petits insectes qui contribuent à tout ce qui fleurit autour de nous pendant l'été. La sensation d'herbe sous les pieds nus. L'odeur d'asphalte après une averse. Les taches de rousseur et le rouge de fraises fraîches », a ajouté Helmstedt. « Je veux célébrer ces interminables nuits d'été, ces garden-party réjouissantes, ces bains rafraîchissants dans l'océan et les pique-niques au parc. Mais, tout comme l'abeille, je m'efforce également de faire en sorte que ma présence soit remarquée, énervante mais essentielle, je vous alerte et vous rappelle de prendre soin de vous. »

Images: courtesy of Helmstedt by Mathias Nordgren

Elaine Hersby PE20

La créatrice de mode basée à Copenhague, Elaine Hersby, continue de présenter sa nouvelle approche du vêtement pour femme, où le mouvement du corps entre en jeu avec l'utilisation de matériaux souples qui, selon la créatrice, permettent aux «corps de respirer et de bouger librement».

Combinant un style minimaliste à un porté artistique et moderne, sa marque a rencontré le succès auprès des rédactrices de mode à la Fashion Week de Copenhague dès sa collection PE17, de même ses présentations sous forme de performances interactives - il s’agissait cette année d’une chorégraphie au Soho Rooftop - séduisent.

Pour le printemps-été 2020, Elaine Hersby s’est inspirée de l’océan et de la façon dont nous interagissons avec lui. Ce point de départ a abouti à « des formes organiques qui suivent les mouvements du corps » a expliqué E. Hersby via les notes du défilé. Cela est mis en évidence par des coupes asymétriques et des silhouettes qui ont été drapées et plissées dans une palette de couleurs lilas, vert lime et blanc.

Bien que féminine dans sa conception, la collection fait également référence à l’athleisure avec des robes à capuches, à manches longues et à volants, ainsi que des pulls et des body, le tout porté avec des runnings au pied.

Images: courtesy of Elaine Hersby

Munthe PE20

La collection printemps-été 2020 de Munthe, inspirée par une féminité puissante, a repris l’idée selon laquelle « être réel, c’est beaucoup plus que simplement ressembler à la nature » une idée centrale dans l’œuvre du sculpteur Constantin Brâncuși.

Avec cette formule à l'esprit, Munthe a imaginé une collection aux formes abstraites et répétitives, des vêtements drapés sur une épaule, enroulés autour du corps et des chemises comme fourrées dans les poches.

« La collection est décorée et ornée, extravagante et éclectique, sans compromettre les signatures globales du design de Munthe - qualité, confort et fonctionnalité », a expliqué la marque scandinave, qui possède des magasins au Danemark et en Norvège.

Images: courtesy of Munthe

Ganni fête ses 10 ans

« Cette collection est personnelle. C'est toujours le cas, mais peut-être que celle-ci est différente, car cela marque les 10 ans de Ganni pour Nicolaj et moi », explique Ditte Reffstrup, directrice de la création de Ganni dans les notes du défilé. « Cela signifie beaucoup pour nous de voir comment les femmes se retrouvent dans ce que nous faisons. Je ne crois pas que nous ayons osé penser aller si loin, avec une développement au niveau mondial et l’ouverture de magasins aux États-Unis et ailleurs. »

À l’occasion des 10 ans de la marque, Ganni a organisé son défilé printemps-été 2020, au même endroit que celui de son show PE2015, le court de tennis de l'hôtel Mercur à Copenhague, tout en continuant d'explorer les limites du vêtement masculin-féminin, débuté dans sa collection pre-spring - « c'est la féminité à sa façon. Chacune à la leur », a ajouté la marque de mode danoise.

L’inspiration tailoring masculin jalonne une collection ponctuée de silhouettes féminine, composée de broderies anglaises et de découpes, qui « communiquent force et puissance » dans un vestiaire optimiste et confiant. Tandis que le tailleur il emprunte un air 70’s avec son blazer à carreaux Prince de Galles associé à un pantalon à plis assorti ou à une jupe échancrée, l’inspiration Pulp, friperie des années 90, se glisse dans des cardigans et des pulls aux boutons en fleur de cristal.

Ganni propose également des variantes de son emblématique robe portefeuille à motif à travers des encolures carrées, des manches trois-quarts, des détails ruchés sur tout le corps, des découpes sensuelles et des teintes rose lilas, blanc, dans un satin vert menthe et avec un imprimé animal.

Par ailleurs, Nicolaj Reffstrup, a ajouté : « J'ai beaucoup réfléchi au cœur de Ganni. Non pas à l'image de marque, mais à la raison pour laquelle nous avons commencé - le cœur. En studio, ils ont plaisanté en disant que c'est ma collection de thérapies. »

« Dans le monde d’aujourd’hui, il y a beaucoup de femmes confiantes, mais encore trop de choses en suspens. Je suis mère de deux filles qui seront bientôt des femmes. J’ai donc cette donnée à l’esprit. Ce que nous faisons consiste de permettre aux femmes de se sentir capables de tout. Ganni est un état d’esprit, il s'agit de faire en sorte que les femmes soient bien dans leur peau ».

Images: courtesy of Ganni

Cet article a été écrit pour FashionUnited.com. Il a été traduit et édité en français par Julia Garel.

Image principale : Cecilie Bahnsen PE20