Pour Christine Boland, la mode de l'hiver 2027 sera un antidote créatif à la morosité

Dans les récents défilés, les époques, les cultures, les formes et les couleurs s'entrechoquent délibérément. L'analyste de tendances Christine Boland voit dans ce chaos un message constructif.
Mode|TENDANCES
AH26 : Valentino, Moschino, David Koma, Margiela Crédits : ©Launchmetrics/spotlight
By Anna Roos van Wijngaarden

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L'air du temps est sombre et pesant. Les secteurs créatifs, et la mode en particulier, y réagissent en proposant des échappatoires et des solutions. C'est ainsi que Christine Boland ouvre son séminaire sur les tendances de la mode de l'hiver prochain. Elle y prédit des créations exubérantes dont l'intention est constructive : redonner du courage.

Ancrage

Christine Boland inscrit ses prévisions de tendances dans un désir sociétal d'apprendre à vivre de manière plus ancrée. La première tendance, qu'elle nomme « regrounding », consiste, selon l'experte, à être présent dans l'espace, à étirer sa capacité d'attention et à travailler de ses mains, en bref, tout ce que l'IA ne peut pas faire.

Mais cet ancrage est difficile, affirme Christine Boland, face à la surabondance d'informations qui nous submerge sur le web : des images sans contexte, des opinions qui polarisent. « Nous nous éloignons de nous-mêmes et des autres, il nous manque une vérité commune et le contact avec la nature ». La question n'est pas de savoir comment échapper à cette réalité complexe, mais comment coexister avec elle. Les créateurs ont leurs propres idées à ce sujet et conçoivent des vêtements, des sacs et des chaussures qui les incarnent, « c'est leur métier ». Dans son séminaire, Christine Boland les traduit en trois tendances.

Individual Familiarity

Les pièces familières revisitées avec une touche de nouveauté deviendront des best-sellers, prédit Christine Boland avec sa première tendance, Individual Familiarity. Le folklore, par exemple, refait son apparition dans les collections, mais Christine Boland et son équipe n'ont pas pu rattacher nombre de ces créations à une seule culture : est-européenne ? Afghane ? Liberty ? Il s'agit de mélanges de patrimoines. Christine Boland appelle cela le « bohemian beyond borders ». L'art consiste à rassembler des références sans les nommer. Il n'est donc pas question d'appropriation culturelle.

Le layering (les superpositions) offre un moyen de détourner des pièces maîtresses. Christine Boland mentionne le défilé Prada de février. Miuccia, aux commandes de la griffe depuis près d'un demi-siècle, avait évoqué au préalable la simplification de la complexité. Elle a sélectionné quinze mannequins au lieu de soixante, et les a fait défiler plusieurs fois, en retirant une épaisseur à chaque passage. Cela a généré une mode hautement désirable et commerciale : une chemise à manches longues portée sous un blouson, de la dentelle qui affleure de toutes parts. Pour s'approprier l'allure intégrale, le consommateur ressent l'envie de tout acquérir. « Peu importe le classicisme de vos clients, inspirez-les vers ces audaces stylistiques », suggère Boland.

Les matières et l'artisanat peuvent également susciter un sentiment de familiarité : un beau tressage sur un sac, des tricots faits main, du daim dans des tons bruns des années 70. Avec le « surface design », les créateurs rendent les tissus plus intéressants. Les riches jacquards de la collection hivernale de Gucci et les finitions métalliques chez No 21 en sont de bons exemples. Ces techniques peuvent également être superposées, et dans ce cas, la règle est : « more is more ».

La fraîcheur s'obtient également en jouant avec les proportions. Après un élargissement constant du pantalon sur l'ensemble du spectre des genres, c'est maintenant le haut du corps qui s'élargit : des épaules années 80, une poitrine large. Le pantalon ou la jupe en dessous s'affine pour créer un contraste.

Le créateur est libre d'exagérer encore bien plus, en associant une mode portable à des cuissardes en cuir verni (For All Mankind), ou en accentuant le corps avec des ceintures en cuir là où elles ne le mettent pas forcément en valeur, comme juste sous les hanches, comme on l'a vu chez Chanel.

Côté couleurs, Christine Boland s'attend à beaucoup de bleu céladon avec de l'aubergine, du brun-vert des années 70 et un « jaune méchant ». Le vif et le néon, nous les avons déjà vus. Les dégradés automnaux de la palette d'Etro et de Missoni font également leur apparition, mais dans des combinaisons inattendues. L'art consiste à choisir une seule teinte et à la faire ressortir. Autrement, on reste dans la nostalgie, et la nostalgie ne fait pas avancer les choses.

AH26 : Prada, Gucci, N21, Chanel Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Dramatic Antidote

La deuxième tendance à laquelle Christine Boland associe ce changement de cap est Dramatic Antidote. Elle cite la collection hivernale de Valentino, où Alessandro Michele a présenté des paillettes théâtrales et a garni de profondes blouses à col en V de dentelle, le tout surmonté d'un collier audacieux. La dentelle intégrale, dans laquelle tout le corps se noie, a été vue chez Saint Laurent. Chez Margiela, les jupes semblaient tout droit sorties de la cour de France, grandioses dans leur exécution, le tissu paraissant imprimé en 3D. Ce n'est pas une mode pour passer inaperçu. « On n'attend pas une fête pour porter ce genre de tenues », déclare Christine Boland. L'attitude qui va avec est essentielle.

Pour un rendu grandiose, la matière doit être de qualité : un velours épais (pas de fausse soie), des boutons en bronze (pas en plastique) et des broderies au fil d'or. LCD Textiles, un producteur de tissus milanais, a donné le ton lors de la semaine du design avec une table de salle à manger entièrement habillée, jusqu'aux assiettes, de fine soie argentée. On ne peut guère faire moins. En ce sens, la tendance ne s'adresse pas à tous les clients.

Avec « dramatic antidote », Christine Boland fait également référence à la charge politique de la mode, en réaction au mouvement conservateur qui veut renvoyer les femmes aux fourneaux. Selon eux, les femmes ambitieuses devraient faire un pas en arrière. Ce n'est pas l'avis des créateurs de mode. Adrian Appiolaza (Moschino) met en scène la femme active dans des tailleurs aux empiècements de dentelle révélateurs et des vestes à larges épaules ornées de volants qui virevoltent dans tous les sens. Rien de sage là-dedans. Les mannequins de David Koma sont même grunge avec leurs tops noirs profondément décolletés et leurs jupes en tulle. Elles ne se cachent pas et dévoilent leur corps avec assurance.

Dans cette tendance, les couleurs plus conservatrices gagnent du terrain : le beige, le blanc, le noir et les pastels historiques sont très prisés des créateurs, tout comme le vieux rose et le bleu pétrole. Les ornements sont en or, en bronze et en argent vieilli, de préférence dans des finitions mates plutôt que brillantes.

AH26 : Jil Sander, Siriano, Carven, Saint Laurent Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Unapologetic Presence

La troisième tendance, Unapologetic Presence, parle d'espace : l'espace physique que l'on occupe avec son corps, et l'espace mental que l'on s'approprie en se faisant remarquer. Christine Boland nous invite à regarder la mode à la manière de Jeff Koons. « Me voici » et « regardez-moi ». Exemples vus sur les podiums : le manteau nounours avec oreilles de Loewe, les robes vernies de Christian Siriano et les manteaux de fourrure jaune poussin de Max Mara.

La traduction technique va des plis sculpturaux dans des tissus rigides aux cols architecturaux (funnel necks) et aux épaules marquées au-dessus d'un pantalon plus fin. Pensez aux manteaux stylisés à la taille parfaitement découpée en rond chez Jil Sander, aux tops à épaulettes chez Carven, et aux manteaux de fourrure dans lesquels on se noie chez Saint Laurent. Plus discrète, l'écharpe aux détails travaillés de Sacai, que l'on peut styliser de manière plus sobre, sur une chemise repassée.

Les couleurs de cette tendance, la plus audacieuse des trois, passent des teintes primaires au vert grenouille, au bleu Klein et au fuchsia. Elles peuvent être vives et s'entrechoquer. Le color blocking fait son retour. Tout le monde n'aime pas, et c'est précisément le but. La présence sans complexe est une mission, une vision libératrice dont le consommateur doit encore être convaincu. Christine Boland conclut : « Être présent sans s'excuser n'est pas possible sans être bold de temps en temps ».

Les structures gonflables qui apparaissent partout s'inscrivent également dans cette tendance. Moschino était précurseur il y a trois ans avec sa collection « pool party » ; depuis, elles apparaissent comme des objets d'art dans les magasins et sur les podiums. En avril, lors de la Design Week de Milan, Moncler a installé une énorme pieuvre rouge gonflable au 10 Corso Como — huit tentacules qui sortaient des fenêtres et des murs. Le message d'un tel objet est le même que celui des vêtements gonflés : s'approprier l'espace.

AH26 : Jil Sander, Siriano, Carven, Saint Laurent Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Cet article a été traduit à l'aide d'un outil d'intelligence artificielle, puis vérifié et édité par un journaliste de FashionUnited.

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