Avec 10.000 "lockers" en France, Mondial Relay fait le pari de la consigne à tout va
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Dans les gares, les galeries marchandes ou sur des parkings de supermarchés, les consignes automatiques se multiplient, surtout chez Mondial Relay, qui en fait sa stratégie prioritaire au détriment des points relais classiques et à la différence de ses concurrents directs.
Il faut bien les livrer, tous ces colis. Et pour cela, Mondial Relay mise sur les lockers, ces consignes automatiques où l'on peut retirer ou déposer ses petits cartons. L'entreprise créée en 1997 vient de franchir le cap symbolique des 10.000 unités en France, annonce le groupe à l'AFP jeudi. S'ils accélèrent également sur la consigne, La Poste et Amazon gardent un parc de points relais plus important.
Avec sa filiale Pickup, La Poste est passée en trois ans de 800 à 6.000 consignes et "l'objectif est d'atteindre 8.500 fin 2026", explique le groupe à l'AFP. Cela en comparaison des 17.000 relais commerçants.
Le géant américain Amazon, adepte de la livraison express à domicile, met à disposition près de 5.000 consignes sur plus de 30.000 points de retrait, selon des chiffres transmis à l'AFP.
Pour Mondial Relay, le locker est au coeur de la stratégie depuis 2021, depuis que l'entreprise fait partie du groupe polonais InPost, explique David Lewkowitz, PDG de Mondial Relay, à l'AFP.
24h/24
"En locker, on récupère un colis en quelques secondes", argumente-t-il. L'accessibilité est optimale avec "80% du parc ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7".
Écologiquement, ce "transport en commun du colis" est plus vertueux et permet de mettre "sept fois moins de camions sur la route" que la livraison à domicile. Enfin, l'efficacité logistique permet d'être "moins cher pour les commerçants et pour les clients".
L'entreprise compte aujourd'hui 7.000 points relais en France après la fermeture de quelque 3.500 l'an dernier, et vise l'ouverture de 4.000 consignes en 2026. Le rapport de force était inversé encore l'an dernier.
Elle estime que c'est "la solution que les Français privilégient le plus". Selon une étude Audirep de juillet 2025 pour Mondial Relay, 75% des Français utilisent les consignes et plus d'un sur deux préfère la livraison hors domicile.
Mais une autre étude, issue de Geopost, filiale de La Poste, pointe au contraire une réticence française envers la consigne, dont l'usage a certes progressé de 9 points en 2025 mais reste marginal (18%) par rapport au reste de l'Europe (27%).
Selon cette vaste enquête (30.000 répondants, 22 pays européens) dévoilée en septembre, les Français choisissent avant tout la livraison à domicile (72%), comme les Européens. Mais ils se distinguent sur les points relais: 57% y retirent leurs colis contre 24% des Européens. Mondial Relay assure vouloir garder un "réseau mixte" avec "plusieurs milliers de points relais", selon son PDG.
"Des lockers à tous les coins de rue"
Pas de quoi rassurer Pierre Bosche, président de la Confédération des commerçants de France, "choqué" par la "brutalité" des arrêts des contrats commerçants en 2025.
Il regrette auprès de l'AFP l'augmentation des consignes, qui représentent "la négation complète du contact humain" et "accentuent la désertification de nos campagnes, au-delà de fragiliser les commerces", qui bénéficiaient d'un complément de revenus de plusieurs centaines d'euros par mois.
Mondial Relay explique que les relais supprimés relevaient en majorité (2.000 à 2.500) d'un cycle "naturel" (cessations d'activité, choix du gérant). Les "quelques centaines" de contrats rompus volontairement l'ont été pour des doublons géographiques ou pour écarter des commerçants non respectueux de la qualité, assure David Lewkowitz. Il estime que la consigne est aussi un "levier de croissance" pour les commerces à proximité.
Ce n'est pas le point de vue de la députée socialiste Mélanie Thomin, qui a déposé une proposition de loi afin de réguler l'installation des consignes. Elle souhaite notamment une taxe communale d'un euro sur chaque colis. Loi ou pas loi, Mondial Relay fait le pari que la France suivra le pays de sa maison mère, la Pologne. David Lewkowitz en revient tout juste et, là-bas, "il y a des lockers à tous les coins de rue, littéralement".