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Un Master Class Karl Lagerfeld à Sciences Po

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17 oct. 2013

500 places réservées pour les étudiants de Sciences Po, 100 autres places délivrées sur invitation, l'enceinte du grand amphithéâtre de la célèbre école parisienne réservé pour une poignée d’ heures le 19 novembre prochain. Et pour qui ? Un

puissant capitaine d’industrie, un baron de la haute banque ? Un politique de premier plan ? Vous n’y êtes pas. C’est le célèbre Directeur Artistique de la maison Chanel qui a été invité à "partager son point de vue sur le monde" au sein du prestigieux institut d’études politiques de la rue saint Guillaume.

Présenter
Karl Lagerfeld comme directeur artistique de Chanel, ce n’est peut être pas lui rendre justice. Car les deux heures de ce rendez vous organisé sous forme d'un cours "questions et réponses" avec Françoise-Marie Santucci, rédactrice en Chef du magazine Next de Libération suffiront tout juste pour énoncer le CV de celui qui ne travaille qu’en free-lance. On est loin des empires comme celui de Pierre Cardin auto-estimé à un milliard, ou de ceux plus récents de Giorgio Armani ou de Ralph Lauren, mais un chiffre confortable tout de même. On parle de 10 millions d’honoraires par an.

Entre les innombrables collections Chanel (huit ou dix par an ? On a arrêté de compter), celles de la maison Fendi, filiale de LVMH – notons qu’il est en contrat à vie avec ces deux maisons – ses co-branding qui peuvent prendre toutes les formes, même loin du luxe : le piano Steinway, la bûche de Noël de Lenôtre, les sandales Repetto, le calendrier Pirelli, les stylos Dupont, le brésilien Melissa, le Coca-Cola light, H&M, et bien-sûr sa propre marque à son nom pour laquelle il ne détient pas une seule action, le Hambourgeois de naissance qui a fêté cette année ses 30 ans de direction artistique de la maison Chanel ne s’interdit rien et personne ne trouve rien à y redire. Et ce n’est pas Serge Carreira, maître de conférences à Sciences-Po et spécialiste du luxe qui contredira : «Que peut-on refuser à un homme qui fait gagner 20 à 30 pour cent de croissance par an aux marques avec lesquelles il collabore ?" demande t ’il tout en connaissant la réponse.


« Je ne crois pas à l’effort unilatéral »

A ceux qui pourraient croire que Karl Lagerfeld accepte tout et n’importe quoi, son entourage a un démenti tout fait : "Nous recevons des demandes toutes les semaines et en refusons environ la moitié", indique Caroline Lebar, son bras droit qui, avec Sophie de Langlade, directrice de studio, et Pier Paolo Righi, PDG de la société Lagerfeld BV, établit un premier barrage. Et dans cette première sélection, le Kaiser ne choisit que ce qui l’amuse sans chercher à donner un fil directeur particulier à son parcours:« Pour Coca, j’étais consommateur ; pour Dupont, j’avais envie d’un stylo ; pour les chaussures Melissa, je voulais travailler avec les Brésiliens ».Une seule exigence : que les marques fassent un effort en retour. "Chacun est dans son rôle. Moi, je crée et les marques investissent. Je ne crois pas à l’effort unilatéral ».

A Sciences-po, Karl Lagerfeld exprimera son point de vue dans divers domaines : les arts, la création, le monde. Sa liberté de ton et son humour pince sans rire doublé d'une certaine lucidité - "pour être cool, il faut du talent"- devraient en toute vraisemblance recueillir des murmures de bonheur auprès d’un auditoire qui n’oubliera pas de le questionner sur les recettes de son incroyable longévité dans un monde de la mode qui sacrifie si facilement ses directeurs artistiques. Nous connaissons l’un des premiers éléments de réponse qui vient du principal intéressé : "Je ne suis ni investisseur ni salarié, je suis un mercenaire de la mode, rémunéré toujours en honoraires fixes. Je ne touche jamais de pourcentage sur les ventes. Je suis plus libre ainsi ». Une leçon de base qui sera surement comprise par la nouvelle génération d’étudiants qui viendra l’écouter.