Baziszt ou la success story française du segment bohème chic pour hommes
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Identifier un créneau inexploité et y répondre avec une offre cohérente : c’est la trajectoire qu’illustre Baziszt, une marque française indépendante positionnée sur le bohème chic masculin.
La success story de Baziszt part d’une prise de conscience : sur le marché de la mode masculine, un segment est vacant, celui du bohème chic. « Dans ce côté un peu beach party, wedding, anniversaire, un petit peu Mykonos, Saint-Tropez, il n'y avait rien pour les hommes », explique, à FashionUnited, le duo fondateur de la marque, Zied Ben Amor, ancien ingénieur spécialisé dans la data, passionné par les cabinets de curiosité et Jean-Marc Fellous, ex-RP réputé dans la fashion sphère parisienne.
« Durant la crise Covid, on était en Australie, bloqués dans un hôtel. Il y avait des linges de maison, tous brodés à la main au point de croix. On a eu l'idée de créer une marque pour hommes. »
La première capsule de chemises brodées main est mise sur le marché en juin 2022. Dès lors, tout s’enchaîne très vite avec l’ajout de pantalons, vestes, articles en maille et chaussures.
Outre le style ancré sur l'artisanat, les vêtements fonctionnels et les inspirations naturalistes (insectes, oiseaux, fleurs séchées), l’offre est transgénérationnelle : « nous avons des hommes de 25 ans qui adorent notre produit, d’autres de 60 ans, des femmes de 40/50 ans. La même chemise, sur les trois, c'est joli ».
« Les gens qui aiment notre univers achètent rarement une pièce. On a des paniers moyens de quatre ou cinq pièces minimum », ajoute le duo. De fait, le chiffre d’affaires réalisé par Baziszt s’emballe vite. En deux ans et demi, la griffe est passée de 50 000 euros à 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Production : des chemises brodées main entre 350 et 650 euros prix publics
La production est entièrement localisée en Inde et au Pérou. Les fournisseurs sont répartis dans plusieurs grandes villes : Delhi, Bangalore, Jaipur et Bombay. Le même fournisseur propose le tissu et assure la fabrication.
Côté matières, Baziszt mise sur des textiles responsables : du hemp (chanvre), du tissé main (hand-woven) et des teintures végétales.
La marque collabore uniquement avec des petites usines familiales et des coopératives, souvent des collectifs d'artisans, notamment des femmes. Pour s’assurer de leur bonne condition de travail, les deux fondateurs visitent leurs partenaires deux fois par an. « On travaille avec l'Inde pour le savoir-faire et pas parce que ce n’est pas cher. C'est cher », assènent-ils.
Distribution : près de 120 points de vente, une boutique à Paris et des pop-ups dans des destinations resort
Au début, Jean-Marc Fellous et Zied Ben Amor n’ont pas hésité à démarcher eux-mêmes les premiers acheteurs. Aujourd’hui, leur marque possède un réseau de distribution de plus de cent multimarques répartis entre l’Europe (France, Italie), l'Asie (Corée du Sud, Japon, Chine) et les États-Unis. Hors France et Portugal, le showroom 247 assure désormais leur commercialisation.
En octobre 2025, ils ont inauguré une boutique en propre à Paris, au 16 rue Saint-Roch, à l’angle de la rue Saint-Honoré. Ils envisagent d’en ouvrir une deuxième à Paris Rive Gauche, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, ainsi que des pop-ups dans des destinations qui matchent avec leur esthétique : Saint-Tropez, Mykonos, Ibiza, etc.
Communication : de Joe Jonas à la participation au programme Boarding Pass Shanghai
Le déclencheur médiatique survient lorsque Joe Jonas, le chanteur des Jonas Brothers aux treize millions de followers, devient client : « quand Joe Jonas était à l'hôtel du Cap Eden Rock, il a acheté sept ou huit pièces et il nous a envoyé un message privé sur Instagram. Ça a déclenché quelque chose de très fort sur la marque ».
À l’automne 2025, une collaboration initiée par Sezane leur permet d’ouvrir leur champ de compétences : « c‘était l’occasion de réaliser des vêtements femme et enfant et de faire du lifestyle. Ça aurait été de l'homme, on ne l'aurait pas fait ».
En Chine, ils ont bénéficié d’un éclairage particulier grâce à leur participation à « Boarding Pass », une opération menée par la Promas en avril 2026, à Shanghai, visant à faire émerger les marques françaises sur le marché domestique. « Des influenceurs chinois ont posté sur Red Book (le Instagram local de la mode, NDLR), ça nous a fait énormément de flux. »
CQFD : La trajectoire de Baziszt tend à démontrer qu’un positionnement clair, adossé à une offre produit cohérente et à une distribution ciblée, peut encore permettre à une jeune marque indépendante de s’imposer sur un marché de la mode saturé.