Emmanuel Grégoire à l'Hôtel de Ville : Quelle feuille de route pour la jeune création parisienne ?
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Emmanuel Grégoire vient de remporter les élections municipales et prend officiellement les rênes de la capitale. Que signifie cette élection pour l'écosystème de la mode parisienne ? Il y a quelques semaines, le 24 février dernier, celui qui était alors candidat rencontrait l'avant-garde des créateurs français à La Caserne. L'occasion de relire ses engagements à la lumière de son nouveau mandat : voici ce que le nouveau Maire de Paris a promis à la filière mode.
Lors de cet échange ciblé, plusieurs jeunes créateurs – à l'instar de Mossi, Jeanne Friot, Pierre-François Valette ou Steven Passaro – étaient présents pour témoigner des réalités économiques et structurelles de leur métier. Fort de cette écoute, Emmanuel Grégoire avait tracé les grandes lignes de ce qui devient aujourd'hui la politique de la Ville en termes de soutien structurel à la jeune création.
L'urgence immobilière : des espaces de travail à l'hébergement
Face à la flambée des coûts pour produire ou se loger à Paris, le nouveau Maire s'est engagé sur plusieurs leviers concrets. L'objectif de la nouvelle mandature est de faciliter l'accès à des ateliers, showrooms et logements pour les jeunes créateurs via des tarifs préférentiels.
La Ville compte également intervenir sur le volet commercial : la mise en place de pop-up stores publics, moins coûteux que les baux privés, et l’intervention municipale pour proposer des alternatives aux espaces privés pendant les Fashion Weeks, sont au programme.
« Très clairement, nous avons un sujet d'accès à l'immobilier. Et donc là, nous sommes tenus d'intervenir pour soutenir les jeunes créateurs », promettait alors Emmanuel Grégoire. Un dossier désormais sur son bureau.
Ouvrir les lieux municipaux pendant la Paris Fashion Week
Face à la spéculation immobilière événementielle qui entraîne des effets d'éviction redoutables pour les créateurs émergents pendant les semaines de la mode, la nouvelle équipe municipale dispose d'un levier d'action immédiat.
« Nous pouvons mobiliser notre réseau de salles municipales pour les mettre à disposition des créateurs. Cela peut être les mairies d'arrondissements, les lieux de sport, de culture, etc. C'est aussi l'occasion de faire rayonner ces lieux », avait souligné le nouvel édile.
Création d’un comité de filière Mode, Luxe et Création
Pour que le dialogue avec l'économie de la mode ne se limite pas aux chambres professionnelles et syndicats, Emmanuel Grégoire a annoncé la mise en place d’un comité de filière dédié. Celui-ci réunira les grands groupes, la jeune garde, ainsi que les écoles et structures de formation. Ce comité agira comme un dispositif de gouvernance (et non un fonds d'aide financière directe) : « Le principe est de proposer à ces comités de filière d'avoir un interlocuteur à la ville pour régler les sujets de la filière et créer des cadres de discussion permanents ».
Le 24 février, Emmanuel Grégoire insistait également sur « un accompagnement de la structuration des filières de formation », conscient que la pérennité de la création parisienne passe par une synergie forte avec l’écosystème éducatif.
Négociation avec les grands groupes : le principe de compensation
C'est l'une des mesures qui fera sans doute le plus réagir le secteur de l'événementiel de luxe. Emmanuel Grégoire souhaite que la Mairie utilise son pouvoir d'autorisation pour inciter les grandes Maisons à soutenir financièrement ou logistiquement la jeune création.
« Je compte discuter avec les fédérations [...] pour faire en sorte que lorsque l'on fait des choses spectaculaires au bénéfice de grandes marques, en compensation, ces dernières s’engagent à soutenir un peu plus les jeunes créateurs. C'est une des pistes que je mettrai à l'ordre du jour de nos prochaines rencontres. »
Un tremplin diplomatique pour la visibilité internationale
Si l'accompagnement à l'export reste une compétence de l'État (Business France, Bpifrance), la Mairie entend jouer de son influence diplomatique. L'ambition assumée de la nouvelle mandature est de « confirmer la place de Paris en tant que leader mondial dans la mode et dans la création » pour les décennies à venir. En tant que Maire, Emmanuel Grégoire compte intégrer les jeunes marques dans ses délégations : « Dans le cadre de déplacements internationaux ou du réseau C40 (Cities Climate Leadership Group), [je pourrais] faire en sorte d’emmener avec nous des jeunes créateurs pour leur offrir une visibilité. »
Maintien et continuité des dispositifs clés
Enfin, un message rassurant a été envoyé concernant l'héritage culturel de la Ville : les programmes municipaux d'envergure, à l'image du Grand Prix de la Création de la Ville de Paris, seront maintenus sous cette nouvelle mandature.
L'entretien a été réalisé le 24 février 2026 par Florence Julienne, journaliste pour FashionUnited.